Journal de voyage

SAHARIENNES

Journal de voyage, agrémenté d’aquarelles de l’auteur,

Djanet, 14-22 février 2009

 

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Jour 1 dimanche 15 février.

Atterrissage à Djanet a 4h50 mais deux heures sont nécessaires pour la police, la douane et surtout la récupération des bagages, livrés au compte goutte. Pendant longtemps j’ai craint que mon sac n’ait pas été embarque et que je soit condamné au même sort que la moitié des passagers de la même compagnie lors de mon premier voyage au Sahara, en Lybie: une semaine sans linge de rechange.

Khami est la, qui nous attend. Effusions, Il nous présente Aziz et Kaddour et nous partons tous les 7 dans le désert proche de l’aéroport pour goûter notre premier thé et un petit déjeuner mérité. Puis retour sur Djanet, visite aux frères et sœur de khami chez ses parents. Hospitalité touareg. Maintenant on est au souk pour acheter des chèches (foulards bleus que vous attachez autour de la tête pour vous protéger du soleil) pour marc et Anne Sophie. et on part pour le désert profond.

A midi on fait une halte dans une vallée sauvage et grandiose, encadrée de hautes falaises hautaines crudités puis de nouveau le thé saharien cuit très longuement sur un petit feu de bois dans une petite théière de fer et servi en trois services: le premier amer comme la vie, le second doux comme l’amour et le troisième suave comme la mort. Tout cela bu, goûté, siroté, dans de tout petits verres avec une lenteur rituelle. On repart après un bref repos et on traverse des paysages fascinants ou on s’ensable deux fois. Il faut dégonfler les pneus creuser le sable et pousser. Enfin on s arrête près d’un buisson de tamaris et pendant que le repas du soir se prépare nous commençons l’escalade d’une immense dune qui nous prendra une heure mais nous récompensera d’une vue splendide sur le sable que déserte le soleil couchant.

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Moment de silence et de méditation partagée, puis on dévale la dune, on monte les tentes, on dine dans la nuit autour du feu en bavardant tous ensemble touaregs et français puis on part se coucher.

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Jour 2 lundi:

Hier soir le ciel s’est dégagé et c’est sous un manteau clouté d’étoiles que nous avons fini la soirée auprès du feu a EL jeddi dans l’èrg atmer.

Le ciel dans le désert possède une densité particulière due peut être a l’absence de toute pollution lumineuse.

Le ciel est plus noir plus calme. Les étoiles y sont plus fixes plus dures et y brillent plus profondément. J’ai lu la dessus de belles pages de saint Exupéry. Réveillé en pleine nuit couché sur le dos dans le Sahara il ne voit d abord que le ciel infini et il est pris d’un vertige que je qualifierai bien de métaphysique, ayant l’impression ce tomber dans ce vide sans fin. C’est vrai que la vie est une chute.

Donc nuit réparatrice dans ce bosquet de tamaris.

Levé à 7h, je replie avec beaucoup de difficultés ma nouvelle tente qui se monte en 2 secondes, mais, au moins la première fois, tout ce temps gagné se reperd au pliage. Toilette rapide petit déjeuner et la marche commence.

Nous marchons vers le nord, d’abord en longeant la d’une immense que nous avons grimpé hier puis on traverse une grande pleine de sable. En se baissant on trouve facilement des tessons de poteries dont le nombre montre que ces contrées étaient habitées de façon assez dense au néolithique. Puis on retrouve les 4×4 qui nous emmènent dans une vallée encaissée, un oued a sec entre de très hautes falaises de grès rouge burinées par l’érosion.

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Quand les 4×4 ne peuvent plus avancer on continue a pied et au bout d une heure nous trouvons un coin de verdure autour d’une pièce d’eau fraiche et limpide (en tamasheq, la langue touareg, une guelta) qui, nous dit le guide, ne voit jamais le soleil, a cause de la vallée étroite et des hautes falaises. Eau fraîche rare et précieuse au milieu du désert. Une demie heure plus loin une autre citerne naturelle au milieu des rochers se cache au bout de la vallée qu’elle ferme. Nous sommes à Issenbilene chanté par Frison-Roche. On retourne aux 4×4. Je trouve la marche pénible et fatigante dans le sable mou et les roches. Déjeuner sur une sorte de natte déposée a terre : crudités et fruits (un peu de la légendaire frugalité touareg) puis sieste sous les épineux. Pas loin habite le gardien de la vallée dans un total dénuement. son fils a 8 chameaux et un petit troupeau de chèvres. Il nous offre l’eau de son puits que nous puisons dans une boite de conserve au bout d une corde. On repart en 4×4 pour rejoindre la route qui conduit a bordj el houas, ancien fort Gardel.

A l’entrée du village, poste de police.

Le gendarme s’étonne en regardant nos papiers qu’un algérien, Rabah soit classé dans les touristes et non dans les guides et veut le voir. Ils se parlent un peu en arabe. Ca le rassure, apparemment.

Un petit café que la place centrale. Azizre trouve un cousin et nous buvons un verre. J’avise une grande antenne et je m’aperçois que mon téléphone mobile fonctionne ce qui me permet de prendre des nouvelles de maxime hospitalisé mais pas de passer des mails. On repart pour monter les tentes a la nuit tombée par fort vent : il faut mette des pierres dans la tente pour la lester.

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Thé puis diner autour du feu. La discussion se prolonge sur les compagnons de marche que nous avons rencontrés dans nos marches passées, les bons comme les mauvais. Les anecdotes ne manquent pas, sur ces suisses de Lybie, ces pharmaciens de Saint-Nazaire, et autres. Puis on essaye de s’endormir dans les tentes agitées par un vent violent.

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Jour 3 mardi 17 février:

J’ai l’impression d’avoir supprimé le compte rendu du jour 3 avec les gravures rupestres du néolithique de Tin Taghir et l oasis de I’herir. J’espère le récupérer sur mon ordinateur à mon retour à Paris, mais aucune certitude d’y arriver il vaudrait mieux réécrire mais il faut trouver les 2 heures nécessaires.

Résumons: le vent qui soufflait en tempête était tombé à l’approche de l’aube. petit déjeuner puis départ pour un monde sans sable, rien que des cailloux, d’abord une longue plaine interminable puis les pentes d’un massif montagneux aux reliefs dramatiques, déchirés et noirs, torturés.

La 4×4 peine a monter la rampe mais on finit par déboucher sur un immense plateau de cailloux pointus ou on crèvera d ailleurs un pneu : on approche de Tin Taguir, un haut lieu de l’art paléolithique de la première période pastorale (8 a 10.000ans avant jc) un gardien qui vit la aussi dans une cabane au milieu des cailloux, à des dizaines de kilomètres de la première âme et a deux ou trois jours de marche de la route, vérifie nos autorisations de visites délivrées par le ministère du tourisme: de toute évidence, il ne sait pas lire, mais il représente l’autorité. Il nous invite a nous déchausser pour pénétrer sur le site préhistorique et c’est tout de suite l’émerveillement: vaches gigantesques, taureaux, loups, lions, girafes, antilopes, gazelles, gravées que une roche dure et lisse s offrent a nos regards.

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Deux gazelles particulièrement gracieuses : l’une a posé comme en son sommeil sa tête sur sa patte dans un geste élégant d’abandon. Le plus grand taureau a le corps (plus de 10m) constellé de ces triples spirales qui abondent sur les dolmens de Gavrinis en Bretagne ou de new grange en Irlande. Deux styles de gravure: le premier, qui paraît plus ancien, rappelle la vallée des merveilles par les poinçonnents par percussion qui donnent aux gravures un air pointillé. Le deuxième est fait de courbes profondément entaillées dans la roche dure, semblables aux traces laissées par les ateliers de polissages des haches. Cela donne des dessins puissants mais fluides, surtout pour les quelques figures humaines dont la tête a été malheureusement martelée depuis par des croyants trop zélés.

Nous restons longtemps a découvrir figure après figure dans le silence recueilli du désert puis nous recherchons un endroit abrité du vent pour le thé et le déjeuner.

Pendant que les cuisiniers s’affairent, je peins deux petites aquarelles représentant Aziz au milieu du paysage et kaddour préparant le thé.

Après le déjeuner, les trois thés et un peu de lecture (J’ai fini sandor marai et lis Méharées de Th. Monod qui s’impose ici) nous repartons dans ce monde minéral et triste qui ne va pas nous quitter pendant deux heures.

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Cailloux noirs falaises dramatiques ravins profonds pas un arbre pas un buisson. Jusqu’a ce que les 4×4 nous déposent avant la descente sur l’oasis de iherir. Nous marchons dans l’enfer et puis la bas dans la vallée une tâche verte un palmier puis deux puis un oasis avec une rivière. La route descend raide mais c’est un vrai plaisir cette descente vers le paradis ou sa représentation.

C’est toujours comme ça une oasis, comme si il fallait beaucoup d’enfer pour avoir un peu de paradis, beaucoup de néant pour avoir un peu d existence (“pourquoi y a t il généralement quelque chose et non pas plutôt rien” martin Heidegger se serait donc lourdement trompe?, il y a d’autant plus quelque chose qu’il n’y a rien autour, il y a même généralement plutôt rien, car c’est finalement la qualité du rien qui assure sa chétive existence au quelque chose) beaucoup de vide pour un peu de poésie et de beauté?

Donc descente vers un paradis ou nous dormirons dans des tekabert (en tamasheq ou des zeribas (en arabe), petites huttes au toit de roseaux séchés ou de feuilles de palmiers, posé sur un mur de pierres et de terre crue.

Je pose les affaires dans la hutte, je découvre deux antennes au milieu de l’oasis , près du poste de police: donc le téléphone marche!

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Je passe effectivement quelques appels, obtiens des nouvelles rassurantes de la maladie de maxime, puis pars explorer le centre de l’oasis ses palmiers, sa rivière, ses gamins qui sortent de l’école et nous abordent avec quelques mots de français ses jeunes femmes touaregs non voilées (a Djanet depuis quelques années elles commencent a l’être, au grand dam de khami) qui pouffent de rire a mon passage et m’adressent la parole, mais je ne les comprends pas, et surtout son minuscule café au centre du village sous les palmiers.

Diner dans une de ces huttes, le feu intérieur ne pose pas problème, la fumée sort par le toit, a travers les feuillages. Ou on découvre que le toit est plus fait pour faire de l’ombre qu’abriter d’une pluie somme toute rare, une fois par an, pas toutes les années, et après tout accueillie comme une bénédiction.

Puis repos bien gagné, il m a fallu deux heures pour taper le journal du jour, et une seconde malheureuse pour l’effacer.

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Jour 4 mercredi !8 février:

Sommeil réparateur dans la petite hutte malgré le vent qui chante dans le toit de roseaux secs, particulièrement musicaux.

Aujourd’hui marche en montagne. Levés à sept heures. Je peux faire une toilette plus complète que les autres jours ou la tente étriquée limite les mouvements et au lieu des lingettes habituelles, je n’hésite pas a gaspiller un demi verre d’eau pour me laver…

Petit déjeuner dans la même zeriba qu’hier soir puis départ vers Idarene ou commence notre marche par un chemin escarpé qui descend un a pic vertigineux.

Vue magnifique sur un village abandonné tout en bas. Le vieux guide de l’oasis qui nous accompagnera toute la journée de son pas lent mais régulier, me prête son bâton de marche car il a peur que je trébuche. C’est vrai qu’on est sur un chemin de haute montagne. Je suis fier de tenir cette canne polie par l’usage. En vieux bois lisse et certainement précieux jusqu’a ce que je m’aperçoive qu’il s agit …. d’un vulgaire manche a balai. Comme quoi le désert anoblit tout.

Arrivée au village par le vieux cimetière. Quoi de plus émouvant que la simplicité naturelle de ces cimetières musulmans constitués de simple pierres non taillées, mais simplement dressées, comme pour rappeler discrètement le retour de l’homme a la nature?

Le village a été évacué il y a quatre ans sur ordre des autorités, sous prétexte de rapprocher les enfants de l’école (curieusement, le même prétexte utilisé par les autorités libyennes pour évacuer le village touareg près du lac Urbari visité il y a quatre ans.) Les huttes ou zeribas ont perdu leur toit de roseaux mais gardé leur mur circulaire de pierre et d argiles.On en a muré la porte pour les transformer en greniers a dattes. Et en se haussant au dessus de ces étranges cylindres, on peut effectivement voir des monceaux de dattes pas forcément bien protégés de la pluie ni des corbeaux, les deux étant heureusement rares ici.

La rivière aux eaux vertes et glacées qui coule entre des berges calcaires dans cette vallée encaissée va vers l’oasis. Nous la rejoindrons en suivant la vallée pendant sept heures d’une marche assez sportive mais aux paysages magnifiques et contrastés, en comprenant une petite halte pour se baigner dans les eaux froides. Après avoir sué sous le soleil.

Un autre arrêt pour admirer des peintures rupestres de la deuxième période pastorale (6500 avant JC), vaches, gazelles et personnages peints a l’ocre rouge sur les parois d’une grotte.

Nous arriverons aux zeribas vers 16h pour le triple thé rituel, discussions avec nos guides touaregs, repos, méditation et écriture. Puis diner dans une zeriba, soupe riche et plat de légumes.

Pour la veillée discussions sur les fêtes traditionnelles touareg, ou les castes ne se mélangent pas. Telle fête rassemble pour un concours de chant et de danse les nobles touaregs sédentaires de Djanet, le concours est jugé par les nobles touaregs nomades venus a Djanet pour l’occasion.

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Telle autre est réservée aux esclaves ou plutôt aux descendants d’esclaves, l’esclavage ayant été officiellement aboli (amende de 50 000 dinars si tu traites un autre d esclave), mais on sent bien que la société touareg reste très hiérarchisée.

De façon étonnante, les forgerons constituent ici la caste la plus basse, en dessous des esclaves eux mêmes.

Eux qui, maîtres du feu, occupent en Afrique noire la plus haute place près des sorciers et des magiciens.

Ici on dit qu’un esclave est capable de fierté, mais pas un forgeron.

C’est l’heure de se retirer dans sa zeriba, le troisième thé est servi avec son turban de mousse blanche dans les verres, minuscules dés a coudre, que l’on tient entre deux doigts pendant que l’on sirote sentencieusement le breuvage qui d’amer est devenu suave.

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Jour 5 jeudi 19 février 2009:

Nous quittons l’oasis Iherir sous un beau ciel bleu. Mardi soir le ciel s’était progressivement couvert et quand je revenais du village j’ai été pris dans une forte bourrasque de sable et j ai même reçu quelques gouttes de pluie.

Ce matin Rabah part le premier sur la route qui monte raide sur le plateau. Apres quelques hésitations, j’ai les jambes encore dures de la marche montagneuse d’hier, je décide de l’imiter et bientôt hors de souffle me voila qui grimpe sac au dos la pente a 10%. Rien de tel pour méditer et ressasser de vieilles idées. De temps en temps je m’arrête autant pour reprendre haleine que pour me retourner et jouir de l’admirable panorama sur l’oasis encaissée entre les montagnes. Tant de beauté accumulée. Ça frise l’overdose. J’arrive que le plateau gris triste caillouteux minéral et les 4×4 ne tardent pas a me rejoindre pour une longue étape. Pendant une heure le même paysage triste lunaire et torturé puis on redescend du Tassili et le désert apparaît plus accueillant : de grandes plaines de sable (de loin en loin un acacia épineux et sec) sont bordés de montagnes de grés rouge aux formes torturées par le vent.

On s’arrête dans une de ces vallées pour midi, mais Rabah décidément en manque de marche me propose un tour dans la vallée et j’accepte. J’en ramerai des tessons de poterie néolithiques et un sabot d’ane avec tous les os du pieds, blanchis dans la plaine.

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Nous nous dirigeons vers un grand rocher a la forme élancée et improbable qui servait autrefois aux rezzous du sud de point de convergence pour les razzias sur Djanet. Je n’ai pas le temps d’en faire une aquarelle mais une photo qui me permettra une aquarelle a la maison. On repart vite parce que l’étape est longue et même en partie routière.

On quitte les Toyota a tiqo brouene pour une grosse heure de marche qui s’achève en apothéose par l’escalade d’une escarpée qui n’en finit pas, et surtout la vue a couper le souffle qui nous attend a son sommet.

La dune barre totalement l’entrée d’une vallée cachée et dans laquelle nous passerons la nuit bien abrités des vents (et des regards s il y en avait).

Je reste seul longtemps assis sur le sommet pointu de la dune en contemplation, goutant le léger vent qui soulève comme une écume de sable, la douceur inimitable de cet instant de silence et de calme.

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Je pense a Sénèque et a sa phrase qui m’a toujours impressionné “il n y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait ou il va”, véritable fondement d’une conception volontariste, maîtrisée et presque planifiée de l’existence.

Stoïcienne mais aussi épicurienne au sens exact du terme. Est ce l’ambiance musulmane et fataliste?? La force de conviction métaphysique de ces paysages, de la beauté, de la solitude? La vie partagée une semaine de ces touaregs sages comme des vieux et enthousiastes comme des enfants? Il me vient une réponse a monsieur Sénèque, philosophe certes mais odieux spéculateur immobilier, conseiller arriviste. La dune me l a dictée: ” il n y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait ou il va…. Mais pas de vents contraires non plus.”

N’est ce pas en effet l’absence de but dans ce qui me reste a vivre (ou l’échec a les atteindre, ce qui reviendrait au même) qui me rend disponible a goûter cet instant unique? Autrement ce diminué mental de Sénèque me l’aurait présenté comme une distraction dangereuse du but a atteindre, au mieux du temps perdu, alors que je suis pénétré par l’évidence quasi physique qu’il est précieux? précieux le vent dans les dunes, précieux ce temps perdu en rêverie, précieux ce temps perdu a faire de thé en une heure, quand d’autres mettent cinq minutes, précieux cette amertume partagée, précieux ces bavardages et ces rires enfantins d’hommes rassemblés autour du petit feu.

Jour 6 vendredi 20 février:

Hier soir la veillée autour du feu a permis a marc d’apprendre a faire le thé vert a la saharienne, lentement, rituellement en faisant longuement bouillir les feuilles sur les braises dans la première théière puis en aérant le thé en le versant de très haut dans un grand verre ou il fait une mousse blanche que l’on verse dans les petits verres a thé, opération qui prend du temps. le thé que l’on a sucré a alors bien refroidi, et il faut encore prendre le temps de le réchauffer sur les braises avant de le verser dans les petits verres.

Pendant ce temps, jeu traditionnel des devinettes touarègues.

Ce matin Aziz est fâché. Il s’est disputé avec khami on ne sait pas pourquoi. On suppose que c’est a propos du choix de l’emplacement du campement qui est le privilège du chef cuisinier et que khami n’aurait pas suivi a la lettre.

Ou bien son souhait de faire un peu le guide et pas seulement le cuisinier. Bouderie enfantine qui va durer deux jours.

Ciel couvert mais vallée magnifique des formes fantastiques créées par l’érosion dans le grès rouge. Je prends des photos: l’appareil de Vincent épuise les piles en 2 heures mais il m en reste 8 et on approche de la fin.

Je ferai des aquarelles avec ces photos. Nous parcourons a pieds cette vallée royale, jusqu’a la grotte des djinns. La légende touareg fait naître ici un être mi humain mi djinn. La grotte est fraîche et doit être agréable en été. On marche encore un peu dans ce paysage à couper le souffle, jusqu’a la pause de midi. La, je ne pourrai pas m’empêcher de faire deux petites aquarelles dont une représente Rabah couvert de son chèche. Je lui donne mais il le la renverra par mail scannée en couleur et cela me donne l’idée de reprendre ces notes, de les illustrer et de faire un petit journal de voyage. On verra.

La deuxième aquarelle a peine finie, on repart pour une après midi sports mécaniques ou paris-Dakar, comme on voudra. Nous naviguons en effet dans une suite de vallées sableuses entourées de montagnes de grès entre les vallées, des plaines et de hautes dunes d’un sable traître et profond qui posera plus d’un problème a nos chauffeurs. Souvent bloqués ensablés ami pente ils doivent redescendre en marche arrière pour une nouvelle tentative.

Quand c’est trop difficile, nous descendons et grimpons la dune a pieds. Fatigant exercice. Surtout pur cette dune qu’aucune des deux 4×4 n’a pu monter (et que j ai prise en photo, elle nous a valu un beau détour) Enfin on trouve dans une petite vallée perchée aux multiples recoins l’emplacement idéal pour le campement du soir. Je choisis un emplacement de sable mou (la nuit dernière il était).

Jour 6 suite:

La nuit dernière il était très dur.

Rabah, qui souffre du dos, décide de quitter l’expédition et de rallier Djanet ou nous le retrouverons demain.

Je le trouve une anfractuosité de rocher ou je serai a l’aise pour écrire ces lignes en buvant le thé chaud et amer devenu indispensable.
« dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe »

Jour 7 samedi 21 février:

Hier soir a la veillée Marc a raconté un long conte dans le style saharien : la légende de la princesse qui attirait la fumée. Inspiré de l’environnement immédiat (qui n’a pas eu autour d’un feu le sentiment qu’il attirait immanquablement la fumée) et plus éloigné, le sable les moustiques de l’oasis de mardi, ce conte poétique nous a charmé dans la nuit noire par son côté mille et une nuits pendant que nous grignotions des dattes et buvions du thé.

Je ne connais pas Marc dans la vie parisienne, mais je ne sais pas si il aurait raconté cette histoire poétique et naïve dans un autre endroit que celui-ci.

Etonnant: il pleuvait. Oh, pas de quoi interrompre la soirée dehors mais quelques gouttes régulières et ça a duré toute la nuit, chantant sur la tente un petit air de banjo irrégulier.

Ce matin le soleil est revenu et nous allons dans le sable aller voir la fameuse gravure (période bovidienne, 6500 av JC) de la vache qui pleure, seule gravure en relief du Tassili, d’une exécution parfaite.

Chance : ce lieu célèbre, très proche de Djanet, est vierge de tous touristes. Khami, qui est gentil, laisse Aziz faire les commentaires, savoureux et fantaisistes, puis il vient les compléter de considérations plus scientifiques, puisée dans la littérature abondante sur les gravures et peintures rupestre du Tassili.

Ca sent la fin. Nous partons déjeuner au soleil, au milieu des dunes, encore deux aquarelles, et surtout le temps qui passe avec le vent, l’un et l’autres transportent de petits grains de sable, je comprends maintenant le principe du sablier. Qui a écrit «le temps c’est de l’être»? moi je dis, le temps c’est du sable, le temps c’est du vent, et notre vie aussi, emportée en toutes petites quantités légères et savoureuses, si on y prends le temps, mais qui si on n’y prend pas garde, crissent sous la dent.

Pendant que je rêve dans les dunes, Marc et Sophie sont allés avec khami filmer une interview qui pourra servir de materiel commercial pour de futurs marcheurs européens.

Puis nous filons au hammam de Djanet, nous décrasser de huit jours de désert.

Manque de chance, le hammam est complet, nous irons nous laver sous un jet d’eau chez khami avant de parcourir une dernière fois le souk. Je me laisse tenter, a coté d’une collection complète de croix Touareg en argent mélangé (la croix de Djanet, celle de Zinder, celle de Tombouctou,… il y en a vingt et une) par des objets utiles, un nécessaire a échardes, indispensable aux va-nu-pieds du désert, et deux magnifiques théières en métal émaillé bleu, pour y faire longuement bouillir le thé vert, que j’achète aussi.

On retourne au désert, un petit compromis, car on se rapproche de l’aéroport, pour notre dernière soirée, passée a écouter des chansons, dont la légendaire chansons des anciens combattants touaregs, triste et de solitude.

Vers trois heures, on part a l’aéroport, Plaisir de retrouver Sidi, notre chauffeur d’il y a trois ans, il se rappelle parfaitement les devinettes qu’il m’avait posées et celle que je lui avais soumise, qui l’avait empêché de dormir trois nuits. Nous en échangeons trois ou quatre nouvelles, en nous promettant de nous revoir l’année prochaine, s’il plait a Dieu, en arabe Inch’a Allah.

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